Discours de Noël de la directrice du COS Villa Pia

Résidences médicalisées COS Villa Pia – Bordeaux Saint-Genès et Bordeaux Chartrons
Festivités
Fête de Noël 2017 à Villa Pia
Mesdames, Messieurs,
Vous avez cette année encore répondu présents à notre invitation et pour le plus grand bonheur des résidents d’être auprès de leurs proches, nous vous en remercions.
Je remercie les équipes d’être toutes présentes pour fêter Noël ensemble.
Je remercie les organisateurs de cette fête, ces équipes « en coulisse » qui ont préparé cette journée pour près de 450 personnes.
Je remercie également les associations partenaires et tous les bénévoles qui sont venus nous aider aujourd’hui.
Je remercie bien évidemment les résidents sans qui nous ne serions pas là.
L’important pour moi dans ce genre d’évènements est de pouvoir honorer l’ensemble des personnes qui m’aident à faire de Villa Pia, une si belle maison.
Cette année, j’ai décidé de vous raconter une histoire…
Je vais vous raconter l’histoire de Camille, professionnel(le) en Ehpad. J’ai choisi ce prénom parce qu’aucun membre de Villa Pia ne le porte mais aussi parce que c’est un prénom mixte. Et je tenais à préciser avant de commencer, que « toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait pas fortuite… ».

« Bonjour, je m’appelle Camille. Je suis là pour prendre soin des personnes : soin, hygiène, repas, courrier, ménage, entretien, animation, administration, etc, etc, etc…

 

Ces personnes que les têtes pensantes nomment « les personnes âgées en perte d’autonomie », ou encore que mes amis qui ne comprennent pas mon travail appellent les « vieux ». Moi je parle des résidents car mon lieu de travail c’est avant tout leur maison.

 

On parle aussi de personnes vulnérables.

 

Ma vulnérabilité à moi, je la laisse chaque matin à l’entrée du portail bleu. Ce portail dont j’ai dû rappeler le code d’entrée plus de 17 fois aujourd’hui, en répondant au téléphone. Parce que je ne vous l’ai pas dit, mais en plus de mon travail quotidien dans les étages ou dans les bureaux, je suis régulièrement amené(e) à prendre le standard pour remplacer ma collègue lorsqu’elle n’est pas là.

 

17, c’est aussi le nombre de fois où j’ai dû rassurer Mme D. hier matin, qui pensait qu’on lui avait encore volé sa robe de chambre. Le voleur est, vous l’aurez bien compris et comme tous les vendredis, le prestataire de blanchisserie. Mais répéter et rassurer, c’est mon métier…

 

Je suis multi-tâches oui, mais je ne me plains pas. C’est aussi le métier de mes collègues, dont la palme d’or de la polyvalence pourrait revenir aux équipes de nuit ou de week-end, qui, en plus du standard et des voleurs de robes de chambre, gèrent les pannes de portails, d’ascenseurs, de téléphones, l’alarme incendie, la tuyauterie et bien évidemment… les résidents.


Aujourd’hui 13 h, je prends enfin ma pause.

Dans la précipitation, j’ai oublié de poser mon téléphone de service… il sonne… j’hésite à répondre parce qu’après tout, je suis en pause… mais si c’était grave… ?! Et si c’était un problème avec un résident… ?! Alors, je décroche… Ouf, rien de grave… C’était seulement un des encadrants ; il cherche encore et toujours un remplaçant pour demain. Il manque souvent des personnes, c’est un métier prenant, on est parfois épuisé… mais  bien sûr que je reviendrai demain sur mon jour de repos pour aider mes collègues. Ça s’appelle la solidarité, on est une équipe et ça aussi c’est mon métier…

 

D’ailleurs, en parlant des encadrants, je n’ai toujours pas eu la réponse pour ma demande de congés… En même temps, eux aussi ils sont multi-tâches, ils courent partout et ne comptent pas leurs heures. D’ailleurs, si vous saviez, ils courent tellement partout, qu’ils nous ont même tous inscrits pour un jogging avec eux un dimanche matin… Et on l’a faite cette course collective, c’était un dimanche d’octobre, et c’était super !

 

Pour revenir à ma journée de demain, après 40 heures de travail en seulement 4 jours, je serai peut-être un peu plus à fleur de peau et sûrement moins enclin(e) à recevoir les remarques de la fille de Mme D., qui s’insurgera contre les vols dont lui aura parlé sa maman. Mais je dois comprendre, elle est en souffrance de voir sa maman vieillir.

Et puis Mme D. qui, voyant l’agacement de sa fille, surenchérira sur sa robe de chambre… Mais  je dois comprendre, elle est vulnérable.

Je dois tout comprendre, c’est mon métier…

Je dois comprendre que la direction ne décide pas des budgets pour renforcer les équipes, pour remplacer la standardiste ou encore pour recruter un plombier le week-end. C’est l’État.

Je dois comprendre que ce même État nous a supprimé en septembre tous les contrats aidés, qui nous étaient pourtant si précieux.

Je peux tout comprendre et je comprends.

Et je tenais quand même à vous dire que malgré tout ça, je suis encore là.

 

Je suis là parce que j’aime cette maison, j’aime ses habitants. Je suis là parce que j’aime les valeurs que nous portons tous, j’aime cet état d’esprit convivial et familial, je suis là parce que vous êtes aussi tous un peu ma 2ème famille…


Cette maison, que je vais devoir quitter en partie en juin et pour 2 ans, parce que je sais que sa réhabilitation devient indispensable pour nous tous. Mais porter de nouveaux projets c’est aussi mon métier.


Parce que Villa Pia, ce n’est pas que des murs, c’est un état d’esprit au-delà des frontières. D’ailleurs, je serai là aussi pour rassurer les inquiets que cette frontière n’est pas si lointaine aux Chartrons.

 

Alors on dit qu’on ne fait jamais ce métier par hasard et effectivement je ne crois pas beaucoup au hasard. Je l’aime ce métier. Je ne suis pas le super héros des soins, du ménage, de l’entretien, de l’animation, de la cuisine, ni de l’administration… je suis juste un(e) professionnel(le) parmi tant d’autres. Professionnel(le) avec de vraies qualités humaines, des qualités de respect et d’amour. Oui parce qu’aimer c’est aussi mon métier…


J’ai mes faiblesses, mes colères, mes actes de bravoure. Je m’attendris, je me trompe, je me remets en question. Parfois les résidents me prennent pour le voleur de robe de chambre, mais je suis aussi leur confident(e), leur proche, leurs bras, leurs jambes.
Je donne tous les jours mon sourire pour pouvoir lire le leur. Je suis là et je serai toujours là pour eux, pour vous… parce que c’est mon métier. »

 

Alors à mon tour chères équipes après cette histoire, de vous dire tous mes chers Camilles, combien moi aussi je vous comprends.

Mon métier à moi de directrice c’est aussi d’être là pour vous, de vous épauler, de vous rassurer et de faire que vous puissiez garder votre sourire.

Vous êtes presque tous là aujourd’hui et je vous dis merci et bravo pour ce si beau métier que vous exercez avec cœur.

Mesdames et Messieurs résidents et familles, c’est important pour moi de vous dire combien je suis fière d’avoir tous ces Camilles dans mon équipe.

Pour eux tous, je vous demande au quotidien beaucoup de chaleur et de considération, parce que… ça  aussi c’est votre métier…

Je vous remercie.

 

Élodie LAFFONT
Directrice COS Villa Pia

 

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